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« Celle-là » avait montré Elzéar.
Il l’avait repérée tout de suite avec ses facettes bombées comme une petite pyramide qui aurait enflé, inconnue au milieu des autres perles fleurissant la coule du vieillard.

« Ah celle-là…c’est un chant à quatre voix : Olga, Odomar, Hoël et Liliola… » murmura Sögumadur en détachant la perle.
Et il la fit rouler sur le sol, comme un dé.

Elzéar glissa de son petit tabouret pour mieux voir :
« La face bleue, elle s’est arrêtée sur la face bleue ! »
– Qu’y vois-tu ?
– y a un…une couronne ?…et comme des petites baies blanches !
– …c’est un collier de perles..oh elles étaient très différentes des miennes les perles du collier d’Olga Arkaya : quatre-vingt-dix-neuf sphères de nacre blanche réparties sur trois rangées. Leur pouvoir n’était pas dans leurs reflets irisés et mouvants. Mais Olga Arkaya savait parler quatre-vingt-dix-neuf langues, une pour chaque perle du collier.

On ne sait pas comment elle reçut la première, au premier jour de sa vie. Mais chaque anniversaire voyait poindre une perle nouvelle en même temps qu’un nouveau dialecte. Le pendentif était de plus en plus lourd et à 99 ans, la veille de sa majorité, Olga Arkaya marchait ployée comme une vieille nhourse fatiguée.

Mais surtout, Olga était fatiguée de devoir sans arrêt résoudre les chamailleries entre marchands étrangers, de faire salon avec des ambassadeurs, de traduire les pleurs des nhoursons-nés, décrypter les messages du vent pour les récoltes ou rapporter les poèmes que se racontent les arbres.

Oui Olga comprenait la langue des arbres, et celles de tous les pays nhours, et même celle des oiseaux encore dans leur coquille, des minuscules fourmis ou des rochers souterrains.

Alors le jour de sa centième année, Olga oublia de faire rallonger le cordon de soie. Et sous la pression de la centième perle, le cordon cassa.

Martelant le sol dans un fracas de sabots, les perles rebondirent et roulèrent à n’en plus finir. Et puis…silence. Olga n’avait pu retenir dans sa main qu’une perle, la nouvelle, la centième : une perle noire.
Et elle se sentit crier pour appeler sa suivante. Et aucun son ne sortit.
Elle était devenue muette… »

Sögumadur avait fermé les yeux.
« Et alors…!?...mendia Elzéar
– Alors,…choisis une autre facette, car c’est un chant à quatre voix, Olga, Odomar, Hoël et Liliola, et les quatre voix s’entremêlent. Laquelle veux-tu entendre ensuite ? »

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